6/20/2013

Michel Chion - Lost Highway P250

Lost Highway est accueilli par une bonne partie de la critique française aussi chaudement que Twin Peaks FWWM a été accueilli froidement.

Certainement, Lost Highway est un film magnifique, comportant des moments étonnants de mystère et de poésie. Mais FWWM était déjà une oeuvre unique et profondément originale. La différence est qu'elle comportait une dose importante de sentimentalité, de mélodrame, alors que Lost Highway, pour la première fois peut-être chez Lynch, ne comporte pas de scènes de larmes ou d'amour mystique. or, pour une critique qui semble mal accueillir le style d'émotion propre à Lynch et qui se faisait du réalisateur une image d'esthète distant et un peu cynique. Lost Highway est film qui "colle mieux".
FWWM affichait sa discontinuité à travers l'usage de titres se référant aux deux victimes féminines, Teresa Banks et Laura Palmer, - mais le spectateur pouvait être déconcerté par la multiplicité de scènes avec des personnages de passage. A cet égard, lost highway affiche plus clairement sa construction. Ici, Pete Dayton reprend là où en est Fred Madison, mais le récit repose sur ce transfert, ce clivage même, et il se "sur-signifie" , ce qui rend le film beaucoup plus lisible.

N'empêche que l'on peut préférer la partie Fred-Renee, admirable dans sa scansion, à base de nombreux silences, de nombreux fondus au noir, avec son atmosphère de peur retenue baignant dans des rumeurs sourdes, à la partie Pete-Alice, plus colorée et pittoresque, marquée musicalement par les cuivres de Barry Adamson et les rugissements du groupe Rammstein. en même temps, il faut relativiser ces réserves tout en se donnant le droit de les formuler. Et enfin, pourquoi pas ,essayer d'entendre ce dont ce film, n'a apparemment rien à dire (comme le couple du début, dans sa maison vide, n'a rien à se dire), nous parle.

Le seul point commun, dans Lost Highway, entre le saxophoniste de Jazz Fred, adulte vivant avec un épouse dans une belle maison vide, et son... double? masque? alter ego?, Pete Dayton, jeune mécanicien habitant chez ses parents, est qu'ils se servent activement de leur oreille: le premier comme musicien, le second comme expert dans l'art de repérer au son ce qui ne va pas dans un moteur de voiture. Comme dit Mr. Eddy, qui lui demande de trouver la solution d'un bruit mystérieux dans sa belle automobile: "la meilleure oreille de cette foutue ville".

La problème, avec ces histoires qui rentrent par les oreilles, c'est qu'on n'en sort jamais.
"Dick Laurent is dead", cette phrase jetée par une voix d'homme dans l'interphone de Fred est comme ces sons qu'on n'a entendus qu'une fois sorte de carillonnement sec, de bruit d'entrechoquement, on la réentendra à l'autre extrémité du film, et l'histoire se sera située dans cet intervalle, qui n'en est pas un : "Dick Laurent is dead".
Tout part d'une mort qui n'en est pas une. Chez Lynch, on l'a vu, il est assez difficile de mourir vraiment.

Il y'a chez Lynch d'autres paroles, celles du père, ou du personnage qui devient pour le héros, dans l'intervalle que représente le temps du film, une figure de père. c'est Frank dans BV, et c'est Mr. Eddy dans LH. Tous deux ont une scène similaire, dans laquelle ils jouent un des rôles symboliques du père, signifier l'interdit, la Loi, mais où il accompagnent ces paroles de voilences ....






















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